Comprendre ses investissements : au-delà des performances affichées.
Investir est souvent présenté comme une évidence. Les marchés offrent des opportunités, les solutions sont nombreuses, les performances passées abondamment commentées.
La plupart des réflexions patrimoniales se concentrent sur des horizons visibles : la retraite, la transmission, l’optimisation financière.
En revanche, un sujet reste souvent à l’écart des discussions, tant il est inconfortable : la perte de capacité de discernement.
Et pourtant, il s’agit d’un risque bien réel, qui peut survenir à tout âge, de manière brutale ou progressive.
Accident, maladie, atteinte cognitive : lorsque la capacité de décider disparaît, ce sont souvent les proches qui se retrouvent démunis.
Anticiper ce type de situation n’est pas une démarche pessimiste.
C’est au contraire une manière responsable de protéger ses intérêts, ses proches et la continuité de ses choix.
La perte de capacité de discernement ne signifie pas nécessairement une incapacité totale ou permanente.
Elle peut être partielle, évolutive, temporaire ou durable.
Concrètement, cela signifie ne plus être en mesure de comprendre une situation, d’en mesurer les conséquences et de prendre des décisions éclairées.
Dans ce cas, la personne concernée ne peut plus gérer ses affaires personnelles, financières ou patrimoniales de manière autonome.En Suisse, cette situation entraîne l’intervention d’un cadre légal précis, avec la possible mise en place de mesures de protection.
Mais ces mécanismes, bien que nécessaires, ne correspondent pas toujours aux souhaits ou aux valeurs de la personne concernée.
La perte de capacité de discernement est un sujet que l’on préfère éviter.
Il renvoie à la vulnérabilité, à la dépendance, à la perte de contrôle.
Beaucoup pensent que ce risque ne les concerne pas encore, ou qu’il sera toujours possible de décider “le moment venu”.
D’autres supposent que leur entourage saura naturellement quoi faire.
En réalité, lorsque l’imprévu survient, l’absence d’anticipation crée souvent des situations complexes :
des décisions prises dans l’urgence, des proches confrontés à des responsabilités lourdes, des choix qui ne reflètent pas forcément la volonté initiale de la personne.
Perdre sa capacité de discernement ne signifie pas seulement perdre la maîtrise de ses décisions personnelles.
Cela peut également avoir des conséquences importantes sur la gestion du patrimoine : comptes bloqués, décisions d’investissement suspendues, impossibilité de signer, de vendre, d’arbitrer.
Sans cadre clair, la continuité patrimoniale est fragilisée.
Et ce sont souvent les proches qui doivent naviguer dans un environnement juridique et administratif complexe, parfois sans repères.
Anticiper, c’est justement permettre que les décisions importantes puissent continuer à être prises dans l’esprit et l’intérêt de la personne concernée.
C’est en étant confronté à ce type de situation dans mon entourage que j’ai réellement pris conscience de l’importance de ce sujet.
Voir une personne perdre progressivement sa capacité à décider, sans que les règles du jeu aient été clairement définies en amont, a été profondément marquant.
Les proches, pourtant bien intentionnés, se sont retrouvés face à des choix délicats :
qui décide ? dans quel cadre ? selon quelles priorités ? avec quelle légitimité ?
Ce vécu m’a rappelé une chose essentielle : lorsque rien n’a été anticipé, ce sont souvent les circonstances — et non la volonté — qui dictent les décisions.
Anticiper la perte de capacité de discernement ne signifie pas se projeter dans le pire scénario.
Il s’agit simplement de poser un cadre, tant que l’on est en pleine capacité de décider.
Cela permet de :
En Suisse, des outils existent précisément pour cela.
Encore faut-il prendre le temps de les comprendre et de les adapter à sa situation personnelle et patrimoniale.
La perte de capacité de discernement est un sujet discret, souvent relégué à plus tard.
Pourtant, elle fait partie des risques les plus déstabilisants lorsqu’elle survient sans préparation.
Prendre le temps d’y réfléchir, sans urgence et sans crainte, permet de préserver ce qui compte vraiment : la cohérence de ses choix, la protection de ses proches et la continuité de sa trajectoire patrimoniale.Anticiper, ici, n’est pas une contrainte.
C’est une forme de lucidité et de responsabilité.